Le mathématicien et député Cédric Villani a été chargé par le premier ministre de conduire une mission d’étude sur l’Intelligence Artificielle. Un thème important tant il semble que la France accuse un retard considérable.

Le rapport de cette mission est enfin accessible depuis le 28 mars. Vous pouvez le télécharger sur le site AI for humanity, support du sommet #AIForHumanity qui se tient le jeudi 29 mars à partir de 8h45 au Collège de France.

Le rapport fait 230 pages, il est composé de 6 parties principales (par exemple IA au service d’une économie plus écologique…) et 5 focus sectoriels (Education, Santé, Défense…).  Nous allons nous contenter de faire un balayage rapide de la partie  concernant l’évolution des métiers, sujet indissociable de la transformation numérique dont l’IA est un des éléments les plus impactant.

Partie 3 – Anticiper et maîtriser les impacts sur le travail et l’emploi

Gageons que l’ordre n’a que peu d’importance dans la rapport, mais rien que pour la forme, j’aurais bien mis cette partie en première position mais passons.

La rapport relève avec justesse et lucidité que le monde du travail est peu préparé aux changements (pour ne pas dire bouleversement) qui l’attendent avec le développement de l’IA, de l’automatisation et de la robotique. Et souligne que ce sont certainement encore une fois les populations les plus fragiles qui risquent de faire les frais de ces transformations dont on n’arrive pas encore à quantifier les destructions et créations d’emplois qu’elles généreront. Pas faux, mais tout de même le risque existe aussi que d’autres populations aujourd’hui plus aisées, soient fragilisées.

En réalité, il s’agit de répondre à la question suivante :

Les personnes, nombreuses, qui perdront leur emploi à cause de l’IA, seront-elles capables (et donc compétentes) d’occuper un nouveau poste et pourquoi pas un de ces nouveaux postes que l’IA permettra de créer ? Pas facile facile de répondre à cette question aujourd’hui mais on devine qu’il y a quelques réformes à entreprendre pour espérer un résultat satisfaisant.

Aussi le rapport fait 3 propositions sur ce sujet :

Créer un lab public de la transformation du travail qui aura pour mission principale de s’assurer que la capacité d’anticipation soit pérenne, continue et articulée avec les politiques publiques. Cette structure pourra donc lancer des expérimentations grandeur nature en priorité sur les populations et des métiers fortement confrontés au problématique d’automatisation ou de robotisation. Le but étant d’être agile, et d’être en capacité d’adapter les politiques publiques d’emploi et de formation aux différents cas qui se présenteront et ainsi de ne pas laisser les individus seuls face à la nécessité d’assurer leur propre transition professionnelle. Le rapport cite par exemple la job rotation au Danemark comme source d’inspiration. Ce mécanisme permet à un chômeur préalablement formé de prendre temporairement la place d’un salarié en poste tandis que celui-ci effectue une formation longue.
Expérimentation, agilité et adaptation… les ingrédient d’une transformation numérique réussie.

Expérimenter de nouveaux modes de financement de la formation professionnelle. La mission fait le constat que le développement de l’IA entraîne une décorrélation entre ceux qui financent la formation professionnelle et ceux qui captent la valeur ajoutée. En clair, ceux qui, par leurs innovations, contribuent le plus largement aux différentes transformations en récupérant ainsi une grande part de la valeur ajoutée, sont ceux qui contribuent le moins au financement de la formation des personnes impactées par ses transformations au sein d’autres organisations de la filière. Il s’agit donc de rééquilibrer tout cela en instaurant un dialogue social entre tous les acteurs mais cette fois au niveau international puisque l’on sort largement des problématiques nationales habituelles du dialogue social par branche.

Le rapport préconise également d’intégrer pleinement la transformation numérique dans le dialogue social en modifiant les négociations obligatoires pour prendre en compte l’introduction des technologues et de la transformation digitale des entreprises, en termes d’adaptation des compétences et de complémentarité entre l’humain et la machine.

Former des talents en IA, à tous niveaux. C’est évident mais c’est mieux en l’écrivant. La mission préconise un objectif de tripler en 3 ans le nombre de personnes formées à l’IA en France sur l’ensemble des niveaux da BAC+2 au doctorat dit le rapport… Mais pourquoi pas avant ? Bac, BAc pro etc… Le rapport préconise également de renforcer l’éducation en mathématiques et en informatiques, c’est assez logique mais le contraire aurait quand même été étonnant de la part d’un tel responsable de mission 🙂

Bien entendu je vous invite à lire le rapport complet, très riche sur cette partie (une trentaine de page). Je vous laisse donc consulter tout cela tranquillement.

Dans un prochain article nous évoquerons le focus sur l’Education de ce rapport.